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MiroirmiroiR

 

Claire Heuwekemeijer, la conteuse de la Compagnie ContaCordes, a conçu une hisoitre au carrefour de deux titres célèbres : le prince Serpent, d'une part, et la princesse Elisa, d'autre part. Fusion aussi savante qu'une recette de mille-feuilles à couches alternées de délices... qui commence par la fin : un prince et une princesse froufroutante, qui se marièrent et ... eurent toutes les peines du monde à accueillir un enfant. Mais lequel ? Un Prince-serpent, un monstre, que l'on installe au grenier, qui grandit, et prononce l'impossible voeu "Je veux me marier" d'une voix d'outre-cordes. Il y parvient, à la faveur de femmes dévouées et aimantes qui donneraient confiance aux ados pour traverser les affres de la puberté explosive de maintes manières...

Pour ce scénario à multiples rebondissements, Valentin Villard a spécialement composé une musique d'atmosphère qui plaque et cisèle tous les coups de théâtre de cette aventure rocambolesque et merveilleuse de la tendresse et plus si entente. Chansons et interludes sont servis avec enchantement par la harpe de Julie Sicre, qui embrasse et caresse élégamment quand elle ne pince son instrument à tout propos, avec des trouvailles de bruitages inédits et délicieusement suggestifs, d'une délicatesse humoristique proprement envoûtante.

La force de ce spectacle d'un seul tenant, c'est sans conteste la construction savante de la fable, qui rassemble les quatre Eléments sous son toit symbolique, et enchâsse les divers niveaux de récits dans un entrelacs de subtile facture. Terre, Ciel et Eau, c'est entendu, mais Feu de la passion également... l'instrument à cordes se fait tour à tour m9inéral, transparent ou fluide, selon les besoins du récit. Harpe miroir qui permet de voir au-delà de toute imagination... d'entendre des imitations délicieuses de toutes sortes de bruit de bêtes, de machine ou de cataclysme surnaturel.

Evelyne Knecht a cousu avec ses comparses une mise en scène d'une simplicité efficace, qui tient sur l'espace d'un tapis rond comme une tache de lumière. Trois fois rien mais quelque chose de très neuf, qui allie le mime et le chant, la danse et la poésie dans une symbiose musicale et scénique du meilleur effet. La langue est choisie, souvent drôle, les corps souples et élégants : c'est tout simplement beau.

A écouter-voir, pour la musique comme pour le très fort récit de ces deux contes merveilleux.

 

Rose-Marie Faller